Août 2007

Août 2007


Du 31 Juillet au 4 août 2007


Bonjour.... Je poursuis donc avec mes nouveaux bénéficiaires avec notamment le problème de la dame se sentant très mal à l'aise d'avoir un homme comme aidant et forcée par la mairie de l'accepter. (Lien sur le mois précédent)

Je consulte mon nouveau planning, et là, je constate avec soulagement que je n'aurais plus cette dame. Je décide quand même à en parler à mes supérieurs du fait que visiblement cette dame n'était finalement pas vraiment d'accord quant à ma présence en tant qu'aide à domicile.

D'abord, par souci de diplomatie (et aussi parce que je suis un nouveau et qu'il vaut mieux que je me fasse pas trop remarquer) je souligne déjà que la dame en question ne devra plus supporter ma présence. Ma supérieure n'avait rien remarqué à ce sujet..., prouvant déjà que cela ne venait d'aucune initiative de leur part. En effet, c'est l'aidante habituelle qui rentre de congé, donc pas besoin de remplaçant.
Je signale ensuite le souci qu'il y a eu de nouveau, et là, ma supérieure commence à paraître agacée, disant alors une petite formule standard accompagnée d'un sourire crispé me sous-entendant que je deviens déjà saoulant : "On va pas commencer à répondre à tous les caprices des gens...".


Désabusé par la vision dégobillesque que cette réplique imposa en moi, je réponds : "J'avais en effet bien envisager de me faire opérer (changer de sexe), mais je crains que là, ce serait aller un peu loin dans le sens du dit "caprice"..." .


Après cela, je demande quand même s'il n'était effectivement pas possible de mettre une femme à ma place... . Elle me répondit, sur d'elle, que non, cela n'est pas possible..., que les plannings sont déjà fait ainsi... , et qu'il n'y avait pas d'autres moyens.

Donc, elle m'avoue bien que le fait de me planifier moi plutôt qu'une femme n'était pas dû à l'acceptation de la bénéficiaire, mais parce que c'est le "vilain" administratif qui règnerait.


Pour tout de même se déculpabiliser de ce discours alibi impitoyablement bureaucratique, elle ne se gêna pas d'user d'un argument discriminatoire couvert par la science "in" humaine qu'est la psychiatrie en disant que de toute façon, quel que soit l'aidant à domicile, cette dame n'est jamais contente, dûe à sa "pathologie".

Je compris l'insinuation en lui précisant qu'elle voulait plutôt dire "psychopathologie"... . Elle ajouta, qu'elle n'a pas à préciser,que  c'est de l'ordre du secret professionnel... . Oui, secret professionnel médical... qu'elle connaît..., et dont elle se sert pour..., pour rendre sa vie, sans l'savoir, plus médiocre finalement.


J'ai eu un coup de fatigue nauséeuse après ça.




Du 7 au 11 août 2007



Rien de spécial à signaler sur cette semaine.

Je préciserais ceci. En tant qu'aide à domicile, je suis amené à rencontrer surtout des personnes âgées. (Je reste déçu, alors que j'ai pu vivre et grandir auprès de mes grand-parents jusqu'à leur décès, de constater tant de personnes âgées ne vivant pas auprès des leurs, et combien finalement ceci semble accepté avec résignation, comme si lutter contre était impossible...).

Il y a énormément de variables environnementales et sociales, politiques et économiques qui justifient  la ghettoïsation de la personne âgée. Toutes ces variables se justifient, elles, par le sentiment de culpabilité accompagnant le devoir et l'adhésion à ce qui suit, au bout du compte: de travailler en croyant qu'en la seule logique de concurrence et de compétition entre les individus.

Alors, par mon "boulot", je rencontre beaucoup de personnes âgées. Un très grand fossé générationnel me séparent d'eux. Ils pourraient tous être mes grands parents voire mes arrières-grands parents.
L'effet de ce fossé, ce serait la difficulté à communiquer, n'ayant pas forcément les même repères éducationnels, sociaux, culturels et historiques.


En ce qui concerne les problèmes de communication, il y a d'autres facteurs que l'écart d'âge qui peut entraîner cela, et notamment ce que j'ai signalé juste avant sur l'isolation de la population âgée par rapport au reste de la population et plus spécifiquement la population jeune. Il y aurait comme un interdit implicite à ce que les jeunes ne vivent pas avec les très âgés.
En tout cas, comme m'en témoignent certaines des personnes âgées que je vois, c'est le fait d'être observé par les jeunes comme s'ils étaient des objets "curieux" qui est le plus manifeste effet de ce creusé spatial entre ces générations temporellement "éloignées".

Personnellement, je n'ai pas ce problème. Normal, j'ai grandi auprès de mes grands-parents. La personne âgée n'a donc rien de curieux, elle est même plutôt banale pour moi. Sa spécificité provient plus par le contenu de son vécu que l'apparence qu'elle porte au travers de son vieil âge.



Du 14 au 18 août 2007

Cette semaine semblait se maintenir comme d'habitude avec de nouveaux bénéficiaires toujours plutôt agréables mais encore isolés socialement et familialement. Puis, il y eut un bénéficiaire particulier.
Celui-ci n'est pas véritablement isolé familialement, mais il est pris en charge socialement au niveau de la gestion de ses finances par ce qu'on appelle une "curatelle".

La présence d'une aide à domicile est récent, bien que cela aurait été utile depuis longtemps. Ses conditions de vie sont précaires et ce malgré la retraite que le bénéficiaire touche et la présence d'un curateur sensé aider à constater et à signaler cette situation de vie indigne.

Avant que je rencontre cette personne, un autre aide à domicile était déjà passé et avait constaté les dégâts, le signalant à la mairie. Parmi les dégâts, en voici un : il n'y avait aucun produit ménager, ni balais... !
Le curateur ne devait pas être au courant... . La personne âgée n'a pas de chauffage, ni d'eau chaude et une toiture à refaire entièrement tant il y a des gouttières... . De ça non plus le curateur n'en devait rien savoir... puisque rien n'encore n'a été fait ou même envisagé de l'être.

Ce curateur doit être très, mais alors très, voire énormément occupé par des choses encore plus graves pour ne pas réagir à cela... . Du moins, c'est l'hypothèse (absurde, je le concède) que nous pouvons nous poser.

Quoiqu'il en soit, la mairie a cru bon d'avertir le curateur afin de permettre à la personne âgée de posséder déjà le nécessaire de nettoyage pour l'aide à domicile. C'est ce qui fut fait. Donc j'eus ce qu'il fallait.
La personne de la mairie voulu me voir pour savoir si le constat du premier aide à domicile se confirmait. Je lui ai signalé la présence de produits ménagers, et j'ai conseillé l'achat d'un aspirateur... . Quant aux conditions de vie..., en effet, il y a un problème. Pour cette personne de la mairie, cela est inadmissible. Cette personne est chargée de trouver des issues à ces personnes en mettant en place ou projetant d'autres perspectives d'aides sociales... . Ceci étant dit, cette personne vient-elle réellement en aide aux personnes, ou sert-elle à réintroduire une famille désocialisée dans un cadre normalisé qui aboutirait au constat souligné ci-avant : la fragmentation des liens intergénérationnels ?


En tout cas, elle n'anticipe pas le fait que le curateur ne soit pas très compétent..., et ce malgré ce qu'elle sait.

Mais dans tout cela, comme dans tout processus de normalisation, pas une seule fois les normalisateurs ne s'interrogent sur ce que souhaitent les personnes dites "désocialisées". Cette information est anecdotique.


Alors que souhaite la personne âgée ? Rester chez elle, là où encore un de ses fils passe, là où elle vit depuis 25 ans, endroit dont elle est propriétaire. Elle ne veut pas se retrouver en résidence pour personnes âgées.

Mais encore une fois, l'argent va passer avant un souhait pourtant pas excessif, souhait que tant d'autres personnes peuvent se procurer non pas essentiellement par voeux mais surtout parce qu'ils en ont les moyens.

Nous verrons comment la personne de la mairie va instruire la mise en place d'une aide..., drôle d'aide..., vous savez cette aide faite au gens sans que l'on ne les prévienne..., comme une surprise... . La personne de la mairie prévoit de passer voir cette personne âgée, pour en savoir plus, mais plus dans une démarche de surveillance que de bienveillance..., puisqu'elle usera de l'alibi qu'elle vient pour se renseigner si avec l'aide à domicile tout se passe bien.

Du flicage à la sauce espionnage... .


J'y reviendrais la semaine suivante... .


Du 21 au 25 août 2007


Reprenons le cours de l'histoire de la personne âgée seule dans une habitation insalubre, personne ayant une curatrice dont je doute de son implication dans les problèmes des personnes dont elle a la charge.

J'ai averti la personne mais aussi et surtout un des enfants de la future visite de la dame de la mairie chargée de veiller à ce que les gens auxquels nous apportons de l'aide à leur domicile, soient dans des conditions de vie décentes. Ceci est louable d'ailleurs mais la façon l'est moins : Avertir ces personnes que la visite se voulant uniquement motivée par le fait que la dame de la mairie veut savoir si ça se passe bien avec l'aide à domicile.

Eh oui, quand tu es diplômé dans l'aide sociale, tu dois user de ruse fasse au futur aidé afin de le prendre en flagrant délit de besoin, soulignant ainsi l'absence de confiance envers l'aidé quant à sa capacité à entendre ce dont il pourrait bénéficier... . Quel but est porté par de telles méthodes ?

En tout cas comme tout "normalisateur" qui se respecte, ces aidants possèdent des grilles d'analyse et de jugement de l'autre rempli d'aprioris disqualifiant automatiquement tout discours de l'aidé.
Par exemple, l'opinion discutable que l'aidé et la famille ont de la curatelle semblant ne pas savoir communiquer avec les personnes dont elle a la charge, eh cette opinion n'est pas prise au sérieux par la dame de la mairie, prétextant que souvent ces personnes ont des visions négatives des curateurs... .



.

Du 28 août au 1er Septembre 2007

Bon, la dame de la mairie (voir la semaine précédente) était en congé, donc pas de visite surprise.
La personne âgée, avec le soutien de trois de ses enfants, va finalement déménager en remplissant une demande d'entrée en R.P.A. ...( Résidence pour Personnes Âgées), solution extrême quand les enfants, trop occupés par eux, trop isolés affectivement, n'anticipent pas les problèmes... .
Là, nous sommes toujours fasses aux effets destructeurs sur les liens intergénérationnels des institutions normalisatrices... isolant les enfants des adultes par une école aux valeurs pédagogistes..., en fusionnant les générations


Profitons de cet intermède de congé pour parler d'un  truc venant à nouveau souligner la place secondaire qu'ont les personnes aidées pour le C.C.A.S. qui m'emploie.

Logiquement le samedi, la personne aidée reçoit un planning lui indiquant les changements d'horaires pour la semaine suivante. Une personne que je vois a reçu ce planning. Le mien, correspondant au sien, fut modifié et la mairie m'en avertit. La personne aidée, elle, ne le fut pas.

Petit détail, sur la feuille faisant un descriptif général de cette personne, il y a inscrit : "a du caractère". On s'demande qui fait ce descriptif... , il y a une "psy" qui s'en charge.
Cette personne est pleine d'humour et très vive d'esprit. Le contact est très facile à établir.
Elle n'est pas déprimée et ne vénère pas le C.C.A.S. Elle est pourtant qualifiée de quelqu'un qui a du caractère, afin de prévenir les aides à domicile que ça peut être compliqué avec elle .
Il est vrai qu'un bénéficiaire dépressif ressassant son envie d'en finir est plus aisément amadouable. Le vieux qui s'accepte tel qu'il est n'est pas normal au sens Gaussien du terme, il a du caractère, limite égocentrique.


Article ajouté le 2009-02-22 , consulté 66 fois

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