Cho Seung-Hui, une victime classique du Racisme d'Etat
Je ne peux pas ne pas vous parler de ce jeune étudiant américain de nationalité coréenne (corps et haine) du sud qui, de manière tout à fait préméditée passa à l'acte avec les moyens à sa disposition, moyens que permettent un Etat tel que celui des Etats-Unis où la vente d'armes est totalement libéralisée, ceci sous l'effet du droit de posséder une arme dans un but d'auto-défense.La première chose qui m'afflige, ça n'est pas spécialement ce qu'il a fait puisqu'il faut quand même admettre l'aspect banal de ce fait divers, notamment aux Etats-Unis.
En fait, en lisant tous les articles à ce sujet depuis ce jour, soit 4 jours après l'évènement, j'ai dû mal à saisir le jeu que sont en train de faire les médias vu leur façon de rendre compte de ce fait divers. Il y a toute une série d'interprétations de ce qui s'est passé qui ont un effet désinformationnel patent au point d'en paraître grotesque.
Voici trois articles, 2 du journal "Le Monde", 1 "Libération" recueillis sur le net, datant du 18 et du 19 avril pour ceux du Monde, et du 20 pour Libé :
- Qui était Cho Seung-Hui, l'auteur de la tuerie à Virginia Tech ?
- Entre deux fusillades, Cho Seung-Hui a envoyé une video a NBC
- Le testament trash en images de Cho Seung-hui
Le premier, deux jours après l'évènement, donc a priori avec un premier recul aidant à plus d'objectivité journalistique... (Surtout qu'ils sont deux journalistes)
D'emblée, l'intro : "Quarante-huit heures après le massacre de Virginia Tech, les enquêteurs cherchaient à comprendre pourquoi Cho Seung-Hui a pu commettre la tuerie la plus sanglante jamais survenue sur un campus universitaire ou une école des Etats-Unis."
Déjà, ce fait divers est présenté comme exceptionnel, introduisant bien ce qui va être prétendu comme interprétation réaliste, la dimension incompréhensible et incohérente des motifs de l'auteur : "la tuerie la plus sanglante jamais survenue sur un campus universitaire ou une école des Etats-Unis."
En d'autres termes, dans ce beau pays non-violent que sont les Etats-Unis, comment comprendre que ce fait hors-norme ait pu surgir sans se dire assurément : " l'auteur n'avait donc pas toute sa raison" ?
Poursuivons, en passant directement donc sur l'auteur de l'acte et l'hypothèse de sa déraison :
"La police a révélé mercredi que l'étudiant sud-coréen avait eu affaire à la police de l'université en 2005 car il était accusé d'avoir harcelé deux étudiantes. Elle a également dit qu'il avait été envoyé dans un institut psychiatrique car son entourage craignait qu'il ne tente de se suicider.
Ces nouveaux éléments viennent s'ajouter aux témoignages de ses camarades et de ses professeurs et aux travaux écrits qu'il a réalisés dans le cadre de ses études d'anglais, qui dessinent une personnalité inquiétante dominée par la violence et le ressentiment."
Tout est déjà dit au travers des quinze premières lignes de l'article : C'est un fait horrible, mais exceptionnel, donc pas la peine de s'attarder tout de suite sur le contexte, puisque celui-ci est indiscutable. Démontrons plutôt, au moyen de témoignages d'un entourage dont les statuts ne peuvent que valider leur propos, que l'hypothèse de la maladie mentale de Cho (personnalité inquiétante) est difficilement discutable : Police, Etudiant, Psychiatre, et Professeurs.Après, peut être parce que l'un des journalistes sent qu'ils sont allés un peu loin dans la mauvaise foi, ils rajoutent quelques lignes en la faveur de Cho..., enfin à la faveur..., dans le sens que c'était un désespéré-suicidaire. Mais quand même, pour ne pas trop humaniser cet être d'exception, ils penseront à souligner une petite trace de perversion en rappelant les témoignages d'étudiantes ayant été harcelées par des appels et textos "gênants". Le flic, par relent d'intégrité, rappela qu'il ne s'agissait pas de menaces, mais juste des messages gênants.
C'est donc un individu potentiellement pervers sexuel avec à l'intérieur de lui un désespoir pouvant augurer une explosion imminente soit vers lui-même, mais susceptiblement vers les autres.
Le diagnostic est fait. Le problème, c'est qu'il présente tous les signes d'un être pouvant potentiellement faire ce qui s'est passé.
La suite de l'article : Enfin un petit intermède biographique, d'une ligne, pour comprendre... euh non, que veux-tu comprendre en une ligne : " Le jeune homme avait émigré aux Etats-Unis avec sa famille il y a quinze ans et avait été élevé dans la banlieue de Washington".
Ce que tu peux comprendre par cette minuscule biographie c'est :
- C'est un étranger, de la banlieue...
- Qu'il a une famille...
En confiance, ils vont alors remettre une couche discriminatoire avec l'appui d'éminents autres témoignages, dont ils n'oublieront pas de souligner leurs références dans les arts intellectuels, comme cette poêtesse Nikki Giovanni disant avoir ressenti chez lui "quelque chose de mauvais [...] un trait de méchanceté", c'était en 2005. Jolie formule pleine de sensibilité, de la grande poésie... style kukluxkien des années 70.
Bon, après cette démonstration où le criminel est, et il n'y a plus de doute, un malade mental, pervers et suicidaire, comme les journalistes sont euphoriques, tel un skinnead après une bonne ratonnade, une petite critique Etats-Unienne caricaturale pour montrer que "Nous, en France, on est quand même pas autant des sauvages", vient quasi conclure le torchon. En effet, une orientation du débat est effectuée vers une évidence qui n'explique que le moyen par lequel Cho est passé à l'acte, non sa cause : La libéralisation des armes dans cet Etat.
Enfin, un blabla mielleux et hypocrite sur les pauvres familles des victimes... .
Second article, le lendemain, 3 jours après le drame (Qu'un journaliste...):
Diantre, le gamin a envoyé des vidéos pour être bien explicite quant à ce qu'il a fait. Meeeerr......credi, il risque de dire des vérités pas bonnes à entendre, car risquant de rappeler la réalité raciste inhérente dans la pratique politique des Etats occidentaux centré sur le Bio-Pouvoir.... (cf Michel Foucault)
D'entrée, le journaliste fait le tri concernant le contenu. Il va essayer de discréditer les propos de Cho, voire, si c'est possible, accentuer l'hypothèse psychopathologique de sa folie meurtrière.
Premier élément cité : "Dans le texte, Cho exprime son admiration pour les jeunes auteurs du massacre du lycée de Columbine, en 1999.".
Aaaaahhhh ! Vous voyez, vous voyez..., c'était un malade fanatisé!!!
La suite pour résumer tous les propos pourtant visiblement précis de Cho dans ses vidéos : "Dans son long monologue face à la camera, il mêle références religieuses et expressions de dégoût face à "l'hédonisme" qui l'entoure."
Le journaliste est pathétiquement réducteur, faisant encore passer ainsi Cho pour un fanatique, mais cette fois religieux, sans prendre en compte ce qui suit :
Cho : "Savez vous ce que c'est que d'être humilié et empalé sur la croix?" "Votre Mercedes ne suffisait pas, espèce de morveux? Vos colliers en or ne suffisaient pas, espèce de snobs? Vos fonds d'investissement ne suffisaient pas? Votre vodka et votre cognac ne suffisaient pas? Toutes vos débauches ne suffisaient pas? Cela ne suffisait-il pas pour satisfaire vos besoins hédonistes? Vous aviez tout"
les humiliations... .
Quoi ? Humilié ? Bah!!! Malade, pervers, paranoïaque, plutôt! Le journaliste rappelant vivement ce jugement prononcé. La justice a parlé : "Un tribunal de Virginie l'avait à l'époque déclaré "malade mental" et présentant "un danger imminent pour lui-même et pour les autres"."
Fin de l'article, qui est une brève reprise de celui de la veille, avec un petit ajout tout aussi révélateur de l'orientation subjective du "journaleux" : "Les observateurs se demandent comment Cho, qui était connu des services de police et avait un passé psychiatrique, a pu s'acheter en toute légalité les deux revolvers utilisés dans la fusillade."
Oui, finalement, la libéralisation des armes, ce n'est pas le problème le plus urgent. Le plus grave, c'est comment un "malade mental" a pu en acquérir..., pourquoi un tel manque de surveillance ?
EHHHHHHHHHH oui! Il fallait bien une petite couche sécuritariste histoire de nous rappeler qu'il y a bientôt des élections, et qu'un certain Sarkozy, par ses principes d'innéités de la maladie mentale et du suivi des enfants dès l'âge de 3 ans, nous promet un monde où il n'y aura plus de Cho.
Troisième et dernier article, Libé, 4 jours après... Et au fait, ce recul, pour plus d'objectivité, il est où? : Sur ces deux bouts de textes explicitant encore que cette individu avait perdu la raison, et que l'instance judiciaire guidée par de experts compétents aurait dû, elle, être entendue, ayant devinée deux ans avant ce qui allait se passer..., bon, c'est vrai que les experts n'avaient pas précisé quand.... pfffff! Le problème, c'est le terme de "danger imminent". Imminent, chez moi, ça ne veut pas dire dans deux ans, ça veut dire dans les jours qui suivent le jugement. Bah!! Grotesque!
"Le meurtrier donne ses raisons. L'explication reste confuse."
"D'après toutes ces images, l'étudiant avait prévu de tuer, mais aussi de se suicider. Rien d'étonnant pour le tribunal de Virginie qui avait déclaré, en 2005, que Cho Seung-hui, «malade mental», présentait «un danger imminent pour lui même et pour les autres». Le jeune homme, à cette époque, avait été hospitalisé dans un établissement psychiatrique à cause de ses tendances suicidaires. La révélation de ce passé psychiatrique scandalise la population américaine. Après la polémique relative au manque de réactivité de la police et de l'université au matin du drame, beaucoup s'interrogent aujourd'hui sur l'efficacité de la prise en charge des personnes présentant des troubles psychiatriques aux Etats-Unis. Mais aussi et surtout sur leur capacité à se procurer des armes à feu."
Ah oui, au fait, et si sa souffrance d'il y a deux ans avait été réellement entendue comme le fait explicite d'un vécu manifestement persécutoire fait de rejets et d'humiliations, et si le contexte universitaire avait été moins discriminatoire chargé de logique de performance et de racisme d'Etat, et si on l'avait respecté ce gamin... , y aurait-t-il eu toujours l'imminence du danger ????
C'est marrant combien les gens peuvent être lâches au point de se rabattre sur le l'argumentation d'expertise affligeante répondant au principe "je ne suis pas coupable, donc je ne suis pas responsable". Quels furent leurs bénéfices secondaires à côté de ce qui sont morts, Cho inclu, à rester froidement certains que le problème se trouvait dans la tête de ce jeune et l'insuffisance sécuritaire d'une Nation qui, en matière de politique intérieure, est une des nations pourtant les plus policières qui soit possible de connaître ?
La réponse, je la verrais bien au travers de cet écrit sur la dignité d'être aimé que j'ai produit, téléchargeable dans ce blog.
Enfin, à part les lâches, voilà quelques commentaires enfin pertinents (tous ne le sont pas) sur l'article du Libé :
- Foucault manque, un commentaire de "Rivière"
- who's next ?, un commentaire de marcel
Merci pour eux, on se sent moins seul!

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