Octobre, le commencement du stage
Du 02 au 07 octobre 2006.
Ma première semaine de stage en entreprise après mes 9 mois au sein d'un cursus en Développement Informatique dans une AFPA.
Tout ce qui semblait marcher à Pau ne marche pas sur mon ordinateur. Je ne préciserais pas..., seulement, pendant toute une semaine je n'ai cessé de demander l'aide d'un de mes collègues de la formation et qu'à chaque petit truc réglé, un autre problème suivait tout de suite après...! Ce collègue fut en quelque sorte très patient, pendant que moi, je me sentais aussi gêné qu'un imposteur qui se faisait démasquer. En effet, devant les personnes de l'entreprise où j'effectue mon stage, je suis censé savoir-faire un peu de "jsp" (langage informatique), être un peu autonome. Hors, ce n'est pas trop ce que j'ai donné à voir cette semaine.
Alors admettons ! Comme nous le dit notre formateur, nous sommes les "ambassadeurs" de l'Afpa, nous la représentons.
Je me sens alors porteur d'un message à l'égard de cette entreprise qui me reçoit comme stagiaire. Ce message est non pas :" Voici le "fruit" de notre établissement, prenez en soin, il saura vous apporter ce que vous souhaitez, une main d'oeuvre naissante certes, mais prête!".
En fait, le message serait plutôt, "Allez, voici un travailleur, enfin nous l'espérons pour notre image. Comme de toute façon nous estimons qu'une entreprise exploite toujours la main d'oeuvre à pas cher, vous voilà avec un truc à la hauteur du revenu que vous lui donnerez. Nous, nous en sommes débarrassés...".
Voilà ce à quoi je me sens réduit : représentant implicite du mépris que peut porter le sujet humain honteux de ne rien faire d'utile, comme un membre administrativo-inutile de l'Afpa, à l'égard des personnes qui font réellement quelque chose.
Cela n'est pas agréable d'être cela..., mais il fallait que cela se passe ainsi.
Je ne sais pas comment je vais démarrer la seconde semaine. Je crains qu'il faille que je recommence quasiment tout du début pour ce qui est du savoir-faire consistant à savoir créer un site en langage jsp... en d'autres termes, j'ai passé 9 mois dans une formation pour... euh... ah oui, "profiter" du système, mépriser tout le monde, exprimer ma haine misogyne à l'égard des femmes, "cracher" sur mes collègues en disant que de toutes façons ils ne sont rien pour moi, humilier la tête de turc de notre section pour avoir l'air moins "con" que je ne suis, me contenter d'entendre la direction nous mépriser sans rien dire et me bourrer la gueule pour essayer d'oublier tout ça... . Voilà à quoi je me suis senti formé, à haïr l'autre par derrière, pour ne pas passer pour un naïf, pour un candide, et pour faire parti du groupe... .
Quand j'étais psychologue-stagiaire en psychiatrie, je n'étais pas du côté de ceux qui en prenaient plein la gueule pour ce qui est du mépris. Je n'étais pas du côté des patients, des aidés, des soignés, des assistés..., des "profiteurs".
Depuis, j'ai décidé d'être de ce côté.
Sachez qu'il est dur de rester intègre quand on subit toute la déconsidération venant de ceux qui se présentent comme payés pour nous aider. Donc j'écris... .
Du Lundi 9 au Vendredi 13 octobre
Le stage....
Ma semaine à Bordeaux en tant que stagiaire se poursuit, et le réel de la vie active de développeur informatique me ramène à un autre réel, celui de l'Afpa, qui fut masqué par le blabla des "promotionneurs" de cette institution.
En fait, c'était quand même audacieux de proposer en 11 mois une formation concernant le métier d'analyste programmeur. J'y verrais là le symptôme d'une certaine euphorie néolibérale pensant tellement que l'illusion de proposer par l'Afpa un lieu de formation professionnelle avancée en vue de plus flexibiliser le capital humain pouvait tenir.
Admettons ceci, nombreux de mes collègues, notamment ceux soucieux de leur avenir professionnel, y croyaient en arrivant. Ils avaient crus au discours des « psys », de la direction, et de la dernière couche transmise en début d'années par les formateurs, discours disant qu'au bout de cette formation diplômante, ils avaient les moyens de rentrer dans cette branche et y être crédible devant un employeur.
Le problème est que nous sommes dans un domaine de pointe où beaucoup de bases sont nécessaires, des bases de savoir-faire et non de savoir-être.
Voilà le constat de désillusion que l'Afpa, durant l'épreuve finale d'évaluation, va être obligée de réillusionner en, tout au moins, pesant sur les évaluateurs pour tout de même donner le diplôme, comme une petite consolation à ceux qui donnaient foi à ce que l'Afpa proposait.
Ensuite, les diplômés partis, il ne restera que des chiffres à faire valoir au ministère du travail pour toucher plus de subventions. Quant à l'opinion de ces dits « paumés » sur le réel de la formation, pas de souci, elle ne sera pas entendue.
Mais au fait, comment puis-je me permettre de dire cela ? Est-ce par mon seul constat personnel ?
Non! J'ai eu deux témoignages sans compter le mien :
Celui du stagiaire en informatique qui est avec moi dans l'entreprise où actuellement je suis. Il postule pour une licence dans le domaine de l'analyse informatique. Il a déjà eu un I.U.T dans le domaine et une licence en programmation spécifique dans l'infographisme. Il a commencé à être passionné par l'informatique lorsqu'il avait 15 ans.
Lorsqu'il eu terminé son I.U.T., qui est faire en deux ans ce que, nous, nous faisions à l'Afpa en 9 mois, il admit lucidement qu'en matière de savoir-faire, il n'était pas encore suffisamment autonome pour postuler à un emploi de développeur et que pour qu'une entreprise l'embauche, il lui fallait encore bien un an d'expérience sur le terrain.
C'est maintenant, après sa première Licence, suivi de celle de maintenant, qu'il peut admettre avoir une certaine autonomie. D'ailleurs, bien qu'il ait un statut de stagiaire dans la boîte, il commence réellement à abattre le boulot d'un véritable salarié.
A partir de sa propre expérience, savoir qu'il existe des formations pour être développeur qui durent 9 mois le fait gentiment sourire. Il me rassurera en me disant que c'est normal que je ne sois pas employable comme développeur.
Un second exemple : Celui d'un collègue qui fait la même formation que moi et qui est en stage dans une autre entreprise. Lui, en plus des 9 mois de formations a suivi une « pré-pro », c'est à dire qu'il a, a priori, été préparé pour entrer dans la formation de développeur en informatique.
Il fait partie de ceux qui y croyaient au discours de l'Afpa.
Son constat dont il me fit part concernant son stage fut amer et désabusé. Il me témoigna qu'il n'arrive pas à suivre et qu'il se trouve dépassé par le projet qui lui est demandé.
Il me demanda si moi ça allait... . Je le rassurais en lui parlant de ma situation et aussi en relativisant avec lui la soi-disante formation dont nous sommes bénéficiaires.
Il n'y a qu'une chose à rajouter. La critique de l'Afpa n'a pas à être refaite, je vous renvoie au bref essais que j'ai écrit qui est sur ce blogue. Sur ce qu'il y a à dire de plus, c'est que ce n'est pas une formation que nous avons suivi, mais il serait plus honnête de parler d'initiation au développement informatique.
De ce point de vue là, « on » ne se la pète pas en se présentant comme issue d'organisme de formation histoire de faire bien sur le CV, on est honnête, l'entrepreneur sait comment se positionner, et on n'en fait pas une maladie de ne pas être embauché, on n'est pas embauchable et c'est normal.
Un en plus...
Ceci ne concerne pas le stage, c'est juste à propos d'un événement dans la semaine : La journée contre les discriminations envers les personnes handicapées. Cette journée avait pour but de sensibiliser les personnes du fait qu'un handicapé devrait être considéré comme une autre personne qui n'aurait pas de handicaps.
Certaines personnes dites « handicapées » trouvent que cette journée va à contresens de ce qu'elle serait censée apporter, c'est à dire l'acceptation de l'handicap. En effet, le principe de cette journée est de dénoncer les discriminations, de dénoncer le fait que les gens se comportent avec quelqu'un d'handicapé différemment que lorsqu'ils sont avec une personne non-handicapé. Cela, dit-on, les renvoit à leur handicap et ce serait dur pour eux.
La question qu'il faut se poser c'est : est-ce-qu'on accepte la personne et son handicap ou pas ?
Si oui, on la discrimine, c'est à dire que l'on s'adapte à elle, et dans ce cas on les fait souffrir moralement parce qu'on les ramène à leur différence malgré-nous.
Si non, on ne la discrimine pas, on nie sa différence, on ne la fait pas souffrir, par contre on ne s'adapte pas à elle, donc on l'isole par rapport à nous.
Cette journée dénonce le fait de la discrimination, que les gens remarquent l'handicap, ne le nient pas, qu'il faudrait au contraire le nier davantage.
Un jeune homme, non dit « handicapé », leur dit quelque chose de fort pertinent : « Vous vous plaignez de trop de discrimination, que l'on remarque trop vos différences. C'est drôle parce qu'au contraire, dans notre société, tout montre que vos différences ne sont pas perçues. En effet, à l'endroit où vous êtes (Rue StCatherine à Bordeaux), quasi 100% des immeubles sont faits pour que quelqu'un sans fauteuil ne puisse y accéder. Ca montre bien que le handicap n'est pas remarqué, qu'il est nié. Il n'y a pas de discriminations. ».
La lutte contre la discrimination est absurde lorsqu'elle se porte contre un réel qu'il faut nécessairement percevoir pour s'y adapter afin que ceci permette au porteur de ce réel de pouvoir être.
En finalité, c'est la question de l'handicap et donc de la castration qui se pose. La psychanalyse nous apprend que nous sommes tous castrés, donc tous porteurs d'un "en moins". Nous sommes tous, de ce point de vue-là, handicapés. Donc, lutter contre la discrimination ce serait lutter contre notre castration ; nier les différences, ce serait nier la castration ; nier la castration, ce serait nous mettre à l'égal de la perfection, donc nous déshumaniser.
Cette opération comme tant d'autres visant à lutter contre toute discrimination n'aura donc que pour triste résultat à terme de déshumaniser l'homme, et de maintenir l'illusion toujours plus impossible de croire que l'homme ne doit pas faire d'erreur, créant simultanément une plus grande peur du moindre échec, soit l'accentuation de l'angoisse de castration à la source de la systématisation des mécanismes de défenses qui seront à effet rapidement satisfaisant, c'est à dire les passages à l'acte.
Semaine du 16 au 20 octobre
Le stage se poursuit tranquillement. Je n'ai rien à dire de spécial concernant l'entreprise où je suis. Contrairement à ce qu'a pu essayer de me faire entendre la direction de l'Afpa lors de ma convocation (cf lien fichier texte), le monde de l'entreprise n'y est pas forcément irrespectueux. Ce sont finalement toujours ceux qui la composent qui peuvent être susceptible de l'être.
Pour moi, de toute façon les choses sont simples. Quelqu'un qui exerce un métier uniquement pour un gain "narcissique" (argent, respect de la part de l'autre, respect de soi, carrière, ou pour vivre...) ne portera pour valeurs que celles qui l'amèneront à mépriser tout ce qui concerne son métier de près ou de loin, donc ses collègues. L'irrespect devient alors routinier. Les personnes dans l'entreprise où je suis en stage semblent faire un boulot qu'ils aiment, par conséquent ils ne dégagent aucun mépris à mon égard ni à celui de l'autre stagiaire.
Dans le domaine public et plus spécifiquement celui de l'éducation, la psychiatrie, la prison et autres centres à objectifs de normalisation, nous sommes dans un contexte très différent à celui de l'entreprise. Dans tous ces lieux institutionnels cités, nous partons structurellement sur une erreur de réprésentation à l'égard du « bénéficaire » des services qui y sont proposés. Cette erreur est, sans mauvais jeu de mots, ontologique (honte au logique). La question de l'être y est d'emblée erronée. En effet, la personne est perçue comme un être atteint de limites sur le plan psychologique, manquant de savoir en matière d'être, comme quelqu'un qui ne saurait pas vivre.
Dans une entreprise, enfin dans un lieu où la personne est considérée notamment comme un client, il n'y a pas d'asymétrie ontologique. Le porteur du service et le receveur sont d'emblée perçus comme autant limités (ou non limitées, selon le point de vue) l'un que l'autre sur le plan de l'être. L'asymétrie n'est que technique, non psychologique. Cette asymétrie est manifeste, aisément constatable, justifiée. C'est pour ça qu'il y a un demandeur, le client, et un serveur, le praticien. Cela est équivalent au fait qu'un chirurgien, par son savoir technique saura faire ce que le malade, le blessé, ne sait pas faire. Cela n'a rien à voir avec un quelconque savoir-être.
Les malaises dans l'entreprise viendront non pas pour des raisons structurelles à l'entreprise, mais structurelles aux personnes composant cette entreprise. L'un des premiers symptômes dont sera porteur l'entreprise, ce sera la hiérarchisation des membres composant celle-ci. Là, l'entreprise ressemble comme deux gouttes d'eau à une institution.
L'institution est structurellement porteuse du principe de hiérarchie non pas parce qu'elle croit que pour qu'un groupe fonctionne, il faut un minimum d'organisation hiérarchique, mais tout simplement parce que pour elle, et notamment le savoir qui la compose (sciences humaines), les hommes sont de structure hiérarchisés, que la nature a fait l'homme ainsi et que cela ne peut être autrement. Je cite Serge Hefez éminent psychiatre médiatique :
" Nous sommes, à la naissance, porteurs d'inégalités profondes qui vont orienter notre taille, notre poids, notre intelligence, notre caractère, notre potentialité à la bonne humeur ou à la dépression."
Ce principe inégalitaire étant d'emblée présent dans les institutions, il est vain d'espérer, et cela quelles que soient les interventions pour améliorer son fonctionnement, que l'irrespect vécu dans ces lieux disparaîtra. Il ne disparaîtra que lorsque le savoir qui sous-tend l'existence du monde instutionnel sera remis en question dans sa globalité.
Il y a sans cesse, tous les jours, de nombreux exemples dans l'actualité qui démontre cette réalité. Ces exemples sont cités dans les forums du blog faisant notamment rapport à l'actualité.
Voilà ma foi l'essentiel à dire par rapport à ma semaine.
A plus!
Dernière semaine d'octobre
Il n'y a rien à dire... . Je rappelle que sur ce blog, j'y inscris les expériences négatives... (irrespect, humiliation, violence).
A l'Afpa, j'ai eu fréquemment besoin d'écrire.
Pour l'instant, en tant que stagiaire en entreprise, rien!

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