un RDV révélateur chez la conseillère ANPE...
Vendredi 30 mars.
Le rendez-vous mensuel (obligatoire sinon radiation) chez la conseillère ANPE... :
D'abord, contextualisons la rencontre. La veille, Jeudi 29 Mars, les conseillers ANPE avaient manifesté leur mécontentement quant à leur devoir d'intensifier la surveillance des demandeurs d'emploi. Eeeeh oui, ils n'aiment pas être ramenés à leur fonction première, naïfs peut-être de croire, se croire, s'y croire au service de la personne.
Cela n'est pas en rien responsable de ce qui se passa durant l'entretien avec cette conseillère que je voyais pour la seconde fois.
Premièrement, l'accueil. La première fois, je l'avais trouvée, attention pléonasme, administrativement froide. Pour moi, cela reste logique. Par conséquent, cela n'est pas une critique. Une loi à retenir : Un conseiller ANPE chaleureux est un conseiller dont sa conscience le travaille. Depuis leur grève de la veille, il y eut donc un travail des consciences, car en effet, cette fois, l'accueil et ce qu'elle me proposa au cours de l'entretien ressembla étonnamment à une sorte d'activisme au soutien, fleurtant avec une familiarité carrément déconcertante.
D'emblée, le «Bonjour, comment ça va» me troubla. Cela ne faisait que la seconde fois que je la voyais, et franchement, son ton de voix légèrement grave et apaisant, son sourire et son regard inspirant la quiétude, je m'en suis senti gêné, l'impression d'être en rendez-vous avec une amie assez chère, au point de souhaiter lui répondre : «Ca va, et vous ?».
On enchaîna sur ma situation, enfin j'enchainais, parce qu'elle, elle se battait avec la configuration de son imprimante sur son PC. Je lui parle de l'APA, que je vais donc recevoir un revenu pour 72h de travail effectif par mois, sous prétexte que je m'occupe de mon grand-père.
Aparté : Les conseillers ANPE croient avoir pour mission d'aider les demandeurs d'emploi d'en trouver un (C'est comme les formateurs AFPA qui croient être là pour former les individus à un métier).
Donc, la conseillère reprend sa soi-disante mission me disant qu'avec 72h effectif, je dois rester inscrit comme demandeur d'emploi, puisque la limite, c'est 79h... . Enfin, je dois rester inscrit, si effectivement je vais rechercher réellement un autre emploi. Elle me demande, si j'ai le temps d'en chercher un pendant que je m'occupe de mon grand-père. Je lui dis que bien évidemment, c'est compliqué, puisqu'entre le levée, le midi et le coucher, je dois rester auprès de lui pour tout autre demande de sa part (boire, allez au siège... ). Puis, peut-être aussi que ça ne lui est pas trop désagréable, ma présence, plutôt que de végéter sur son fauteuil-coquille tout seul comme un résident de maison de retraite... .
Sur ce, moment de lucidité ! Elle me dit : «Mais, vous n'êtes alors pas demandeur d'emploi ! Je ne peux pas vous maintenir inscrit. D'ailleurs, comment se fait-il que vous le soyez puisque vous ne cherchez pas un emploi... ?». Re rappel du contrat d'insertion, du devoir qui m'incombe afin que celui-ci soit accepté.
D'après elle, le droit au RMI n'exige pas un devoir de s'inscrire à l'ANPE. Je peux avoir droit à un revenu si j'ai un problème de santé (renvoi à l'Allocation Adultes Handicapés), ou bien si j'ai des soucis de logements.
Bien, mais j'ai ni l'un ni l'autre.
Pour l'un, maladie handicapante (donc maladie psychique), je suis immunisé..., j'ai des gens qui m'aiment et me respectent autour de moi.
Pour l'autre, j'ai une famille qui n'a pas fait le choix, comme certaines autres, de passer pour citoyennes en faisant payer un loyer à son propre enfant afin de respecter la loi de la concurrence entre propriétaires et donc de ne pas faire de dumping économique au niveau du prix des loyers.
Donc, je suis toujours coincé sur le même principe : faire celui qui veut s'insérer professionnellement pour avoir droit à un revenu minimum quand même pas très décent.
Comprenant cela, la conseillère ANPE va faire alors quelque chose de pas très déontologique : me proposer de me maintenir inscrit aux assedics en falsifiant les compte-rendus mensuels afin que je puisse toujours avoir droit à un complément RMI, en sachant que je devrais mériter qu'une chose, ce serait d'être radié.
Avant cela, elle avait commencé par être désolée de ma situation où pour 7 heures manquantes (79h par rapport à 72h), je serais encore et toujours «harcelé» par ce devoir de me rendre tous les mois au rendez-vous ANPE. «Harcelé» !!! . Non, là, c'est excessif ! Avoir un courrier par mois pour nous prévenir de nous rendre à l'ANPE, ce n'est pas du «harcèlement» !!???. Visiblement, sa conscience a dû sacrément la travailler, j'étais, selon elle, victime de harcèlement.
Ca, c'est un truc à noter. Quelqu'un qui a un problème de conscience alors qu'il exerce dans un métier de l'aide, va critiquer son système tout en essayant de le maintenir fonctionnel pour autant (eh oui, sans celui-ci, il est au chômage). Comme ses collègues, durant la grève, ses devoirs de surveillance étaient vécus comme une injustice, mais son métier reste utile..., selon eux .
Elle n'a pas compris que son job, c'est justement de surveiller. L'aide à trouver un emploi, c'est la vitrine, l'alibi, l'étiquette politiquement correcte.
Ce faisant, elle se mit à me victimiser, mais sur quelque chose dont je ne suis pas victime : harcèlement. En fait, c'est elle qui en est victime de harcèlement (je vous renvoie à la part aliénante d'exercer un métier de l'aide que j'aborde dans mon article sur l'enseignement notamment, ainsi que au début de ce récit sur mon itinéraire de futur inséré...). Harcèlement de faire du chiffre !!!
Autre loi à retenir : Un professionnel de l'aide est incapable d'empathie réelle. Sinon il risque de créer une division psychique dans sa structure mentale équivalente à une schizophrénie.
Un professionnel de l'aide doit rester distant, avoir une neutralité bienveillante (surveillante, je dirais), ne pas être affecté par la personne socialement précaire, cela va à l'encontre de sa déontologie.
Le problème, c'est qu'on leur demande d'être compréhensif, et pour comprendre l'autre, il faut se mettre à sa place, et pour se mettre à la place de quelqu'un, il faut être touché, sensibilisé par ce que cette personne donne à entendre et à voir. Ce professionnel est dans une position indécidable et inconciliable. Elle peut faire la touchée, la sensibilisée, mais par sur ce que la personne lui renvoie, le lien y étant déontologiquement interdit.
Résultat, elle est touchée qu'à partir d'un truc, et qui vient d'elle-même, son propre vécu de socialement précaire en tant qu'aidant professionnel : le harcèlement à son devoir de maintenir l'humain dans un statut exclusif d'employable, et cela le plus possible (du chiffres), afin de justifier sa présence, elle, d'aidante qu'elle n'est qu'en apparence.
Voilà! Typique mécanisme de défense psychique d'une structuration psychotique, un aidant social projète sur moi une souffrance que je n'ai pas et qu'il ne sait s'admettre à lui-même (sinon il démissionnerait) : harcèlement.
Je lui relativise donc ses propos en lui disant que je ne me sens pas du tout harcelé. Si je suis victime d'une chose, c'est d'une méprise : celle qui lui fit croire que j'étais demandeur d'emploi sans compter le fait que je suis considéré comme indigne, en dehors d'un comportement d'inséré, de pouvoir subvenir à mes besoins fondamentaux.
Elle décide, de toute façon, de son propre chef, d'essayer de m'aider à rester inscrit aux assedics, en essayant de se renseigner auprès de la C.I.P que j'ai rencontré récemment afin de savoir comment je pourrais avoir un peu plus de revenu (maintien de mon RMI), malgré mon impossibilité à répondre positivement à ma recherche d'emploi. En attendant, elle est prête à justifier mon inscription aux assedics quoiqu'il se passe, et donc à me permettre de remplir la clause de mon contrat d'insertion.
Je vous jure que je n'ai rien eu à faire. Elle-même, portée par je ne sais quel sentiment de culpabilité (peut-être celui d'être employée par un tel système coercitif), était prête à me faire profiter d'un supplément de revenus de manière frauduleuse, en falsifiant les compte-rendus mensuels. Elle est maline, c'est pas elle qui sera dans la merde, traité de menteur et de profiteur du système social, lorsque je me ferais "gimper"... .
Alors évidemment, et vous me connaissez chers lecteurs, je lui ai demandé de ne pas faire cela. Je lui ai dit que si son devoir était de me désinscrire de l'ANPE, même au risque de ne plus avoir droit au RMI, alors il fallait qu'elle le fasse. Sa conscience devra assumer jusqu'au bout son statut..., jusqu'à ce qu'elle démissionne. C'est tout le bonheur que je lui souhaite.
Voilà ! Amusant non ?

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